Concilium

1999 / No. 279 Foi Chrétienne

Questions en Suspens

Éditorial

par Christoph Theobald & Dietmar Mieth

Le concile Vatican Il, concile de transition, avait été parfaitement conscient que très vite non seulement de nouvelles questions surgiraient mais que, en raison même de sa méthode ouverte (forme pastorale de la doctrine, signes des temps, etc.), des modèles nouveaux et des nouvelles manières de procéder seraient à trouver. En réalité, la réception du concile s'est engagée dans une double direction. La « réception officielle » continue de s'appuyer sur la distinction classique entre doctrine et discipline pour opérer progressivement une intégration du neuf (Vatican II) dans l'ancien (Trente et Vatican I). Mais en même temps la « réception pratique » par la base fait apparaître de nouveaux problèmes avec leur cortège d'expériences et d'essais ouvrant à de nouvelles voies de solution. L'histoire mouvementée de Concilium, fondé il y a 35 ans, est un reflet de ce processus plein de tensions, dans lequel il est devenu de plus en plus difficile d' articuler la différenciation historico-culturelle des contextes et la structure normative de la tradition chrétienne.

Dans ce premier numéro de 1999, qui paraît sous la rubrique de Foi chrétienne, nous abordons le problème de méthode et nous rassemblons un certain nombre de questions qui, en ces temps charnières, se trouvent au coeur du débat ecclésial, car elles s'avèrent symptomatiques d'orientations plus globales ou plus fondamentales de l'Église. Bien évidemment, une sélection est inévitable, compte tenu cependant des points décisifs à ne pas manquer. Nous n'abordons pas les thèmes qui seront traités dans d'autres numéros de 1999 (transgression des frontières ; nouvelles identités ; nonordination des femmes et stratégies de pouvoir ; la foi chrétienne dans une culture émotionnelle ; An 2000 ; réalité et espérance) ; on peut regretter aussi à juste titre d'autres absences comme le débat sur la transformation de l'attitude de l'Église par rapport au judaïsme. Par ailleurs, le but des articles n'est nullement de traiter ces questions sous tous leurs aspects. Nous voulons plutôt montrer quelle est leur place dans un ensemble théologique plus vaste, en quoi elles sont donc symptomatiques [8] et quelles alternatives elles ouvrent ou, éventuellement, quelles décisions elles attendent.

Après une ouverture par Giuseppe RUGGIERI qui se demande si, dans le dernier concile, ne s'est pas instaurée une méthode assez neuve pour affronter les interrogations posées à l'Église par l'histoire, la partie centrale du cahier passe en revue quelques-unes de ces grandes questions disputées à l'heure actuelle, les ordonnant selon les rubriques habituelles de la Revue.

Le débat fondamental sur l'utilisation ecclésiale des Écritures (FREYNE) est suivi de plusieurs approches des principaux axes de la foi chrétienne : l'humanité du Christ (MOINGT), l'identité spirituelle du chrétien (MOLTMANN), Dieu dans la perspective des victimes de l'histoire (MIETH & THEOBALD) et une nouvelle manière de rencontrer nos voisins d'autres religions (WILFRED).

Et puisque le croire se perçoit d'abord dans le corps qu'il se donne — les multiples styles de vie des chrétiens et de leurs contemporains — on ne peut pas ne pas faire droit ici aux débats, trop souvent d'ailleurs sélectifs, sur les questions éthiques (AMMICHT-QUINN et MIETH) et aborder, dans leur voisinage, le problème herméneutique de la régulation de la foi et de la peur devant une réception créatrice, réception qui était pourtant le principal enjeu de Vatican II (THEOBALD).

Les articles suivants s'engagent sur le terrain proprement ecclésial l'exigence d'une réforme permanente profitant de l'apport de la critique des idéologies (SCHÜSSLER FIORENZA), la conciliarité de l'Église (BERLIS), etc. Étant donné son importance, la question de l'avenir des Eglises locales (BEOZZO) est traitée dans une longue documentation à la fin de ce cahier, bien que logiquement elle ait sa place ici. Cet ensemble ecclésiologique est conclu par une réflexion fondamentale sur les mutations interconfessionnelles et interculturelles de la théologie de la mission (COLLET).

La dernière série d'articles porte sur quelques problèmes de culture et leur traitement pratique par l'Église : le diagnostic du moment présent (JUNKER-KENNY), l' amnésie culturelle (DUQUOC), le fondamentalisme et le phénomène des sectes, aussi au sein même de l'Église (TOMKA), et, enfin, la relation difficile entre esthétique et religion (KUSCHEL).

Certes, il ne s'agit pas de proposer au lecteur l'ordre du jour d'un futur concile Vatican III. Pour cela notre sélection de « questions en suspens » est trop restreinte et peut-être arbitraire. Par ailleurs, il n'est pas sûr que le moment d'une telle assemblée oecuménique soit venu. Ne faut-il pas plutôt entrer collectivement dans un temps d'expérimentation [9] où l'Église accepte de ressembler davantage à un laboratoire où beaucoup de choses se cherchent, avec des résultats sans doute imprévisibles. Les pasteurs ont du mal à accepter ce genre de conciliarité des expériences, qui exige une nouvelle manière de comprendre la catholicité, moins juridique, davantage sensible à la différence entre contextes culturels et plus évangélique dans la façon de garder l'unité dans la foi. C'est ce que les deux éditeurs voudraient montrer dans la partie conclusive, réfléchissant sur le tournant d'époque que les questions abordées dans ce cahier manifestent, sur la forme de communication que leur traitement exige et sur la proximité du Dieu saint toujours plus humain dont elles portent le souci.

On remarquera que les auteurs de ce numéro proviennent dans leur majorité du comité directeur de la Revue qui, fidèle à sa tradition conciliaire, voudrait, une fois de plus, exprimer par cet ensemble son questionnement à la fois exigeant et confiant.

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